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Baigneuses

Le thème des baigneuses traverse l’œuvre de Picasso. Le sujet place l’artiste dans la filiation d’Ingres et de Cézanne qui en ont multiplié les compositions. Il permet la mise en œuvre de préoccupations majeures pour l’artiste, celles du corps - notamment féminin- et du mouvement. Sur le plan personnel, Picasso apprécie les bords de mer. Depuis son séjour à Biarritz en 1918, il passe presque tous ses étés sur le littoral, de Dinard à la Provence ; il fera de Vallauris sur la Côte d’Azur son lieu de résidence à partir de 1948. Sa liaison avec l’excellente nageuse qu’est Marie-Thérèse Walter et le dévoilement accru des corps dans les pratiques balnéaires réactivent le thème chez l’artiste à la fin des années 1920. Dans ses créations de Boisgeloup, Picasso renouvelle le sujet marqué à la fois par des résurgences antiques (scènes de musiciens au bord de l’eau) mais aussi par ses inventions dans le traitement du corps féminin en sculpture. Le thème de la baignade est l’occasion de fouiller un motif, celui du « nu couché »  au bord de plage où l’étendue de sable est barrée par l’horizon bleu azur de la mer. La cabine de plage, élément récurrent dans l’œuvre de Picasso, est un refuge secret, métaphore des désirs sexuels : y entre une baigneuse dénudée, porteuse de clé, dont les lignes plastiques rappellent les sculptures des Métamorphoses de Picasso en 1928 (Baigneuse ouvrant une cabine). Sous l’intensité lumineuse du soleil, le corps de la Femme étendue au soleil sur la plage se réduit à un réseau de lignes, ou à un tourbillon de formes dans Deux femmes au bord de la mer (cabine de bain) de 1932. Dans la Grande baigneuse au livre de 1937, les géantes des bords de mer se figent dans une monumentalité sculpturale.

Grande baigneuse au livre
Pablo Picasso
Grande baigneuse au livre